Sunday, February 17, 2008

Yasmina Khadra - Les hirondelles de Kaboul

Roman
Julliard - Coll° Pocket
Paris, 2002
ISBN 978-2-266-13475-0


Conseillé il y a déjà un bout de temps par la stagiaire versaillaise, ce livre est la première composante d'une trilogie dédiée aux relations Occident / Orient, les autres étant "l'attentat" (conflit israëlo-palestinien) et "les sirènes de Bagdad" (Situation de l'Irak).

Si vous voulez en savoir plus sur l'auteur de cette œuvre qui ne va pas tarder à être adaptée au ciné, allez faire un tour par ici.

Donc, les hirondelles de Kaboul.

Le problème avec cette œuvre, c'est que vous en connaissez sans doute l'histoire, ainsi que peut en témoigner les nombreuses critiques existant sur le Web. Certaines copiant les autres ou le quart de couverture sans vergogne.

Essayons nous néanmoins à cet exercice.

Honnêtement, en commençant à lire la première page, j'ai eu peur de trouver le style ronflant et ampoulé. Ca commence comme ça:

"Au diable Vauvert, une tornade déploie sa robe à falbalas dans la danse grand-guignolesque d'une sorcière en transe; son hystérie ne parvient même pas à épousseter les deux palmiers calcifiés dressés dans le ciel comme les bras d'un supplicié."

Je me suis dit que ce n'était qu'une impression de départ défavorable et, dieu merci, j'avais raison, le style s'est ensuite fluidifié. Les auteurs devraient se méfier de leur enthousiasme.

Soleil écrasant, poussière, et au milieu de la fournaise, Kaboul - cité millénaire à la splendeur définitivement passée, gangrénée par les Talibans. Depuis que ceux-ci sont au pouvoir, les femmes ne travaillent plus et sont devenues des fantômes, la musique et les universités ont cessé de résonner dans la ville, les échoppes et les cafés se sont vidés.

Sous cette chape de plomb, l'auteur nous dessine le passé et la vie de différents individus. Ces destinées, au départ distinctes, finissent par se croiser la première fois autour d'une lapidation, et par se confondre sur un air d'exécution publique au cœur d'un stade - façon arènes romaines.
  • Le premier à entrer en scène est Atiq, geôlier dépressif dont l'épouse Mussarat est gravement malade
  • ensuite apparait Mohsen Ramat, homme instruit qui n'a plus de place dans cette société, plus de travail, ainsi que son épouse Zunairia, ancienne avocat cloitrée chez elle, "soleil de ses jours".
Ce fragile équilibre que les êtres tentent de maintenir sous la pression religieuse va bien évidemment se rompre - je pense que l'évènement clef qui fait basculer Mohsen - ô combien symbolique - est la scène de lapidation.

Celui qui fait basculer Atiq est la rencontre avec Zunairia, arrêtée pour le meurtre de Mohsen (ceci n'est pas un spoiler).

A Kaboul, une fois seul on finit par devenir fou.

L'ambiance du récit est étouffante, les personnages semblent de petits insectes emportés par le cours de l'histoire. Un écriture lucide et triste, qui raconte de façon chirurgicale, sans tomber dans la caricature facile du type "haaaan on conseille à Atiq de répudier son épouse, pas bien".

La révolte s'implante, larvée dans l'esprit du lecteur, pour s'éclore en de jolies fleurs pourpres.

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