Thursday, April 30, 2009

Junichiro TANIKAZI – Journal d’un vieux fou

Titre original : Futen Rojin Nikki

Roman traduit du japonais par Cécile Sakai

Editions Gallimard - Collection Folio

ISBN 2-07-042386-7


Superbe roman, vibrant et inéluctable, que ce livre, dont le schéma narratif évoque le journal intime de notre héros, mis à la fin en parallèle avec d’autres documents, comme par exemple le carnet de soin de son infirmière et le bulletin médical de son médecin.

Monsieur Utsugi est un vieil homme., dont l’état de santé est vacillant. Ses journées mornes et grises sont rythmées par la prise de nombreux médicaments, destinés à conjurer autant de troubles physiques liés à l’âge.

Comme il est d’usage traditionnellement au japon, cet homme vit avec son épouse ainsi qu’avec son fils et sa belle fille. La description que l’auteur fait de cette vie restitue bien une atmosphère plutôt pesante et fade, au sein de laquelle s’égrènent les jours à une cadence immuable.

 Utsugi a une tendresse toute particulière pour sa belle fille Satsuko. Cette tendresse, au fur et à mesure que le corps décline, va prendre une ampleur passionnelle, ardente d’autant plus que le désir n’est jamais complètement assouvi. Satsuko est en effet une femme « particulièrement » pragmatique et libre, qui laisse espérer Utsugi en lui donnant un aperçu de ce qu’un plus jeune que lui pourrait obtenir. En retour Utsugi, qui est le patriarche et gère de façon hégémonique l’argent du ménage, se met, au grand dam de sa femme, à couvrir Satsuko de largesses plus ou moins extravagantes, dont un œil de chat en échange de « Necking » à discrétion.

 L’ambiance est très savamment dépeinte, tout en finesse – par moment la tension érotique est très sensible. Le déclin et la vieillesse sont abordés tantôt avec résignation, tantôt avec un air de révolte. Le lecteur ressent au départ un sentiment ambivalent, un mélange de pitié et d’agacement à la vue de ce vieux ragaillardi et entretenu dans ses illusions – mais au final, on comprend qu’il est parfaitement lucide et n’a justement aucune illusion et cela donne une dimension autrement tragique à l’ensemble. 


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