Sunday, January 27, 2008

Gilles Leroy -- Alabama Song

Roman
2007
Mercure de France
ISBN 978-2-7152-2645-6

Ma non méthodologie d'achat pifométrique m'a conduit à lire ce bouquin, tant attirée par le titre qui sonnait bien que par le bandeau flashy.

A noter que le titre a été piqué à Bertolt Brecht (Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny) avec bien évidemment l'autorisation de la succession de ce dernier.

Je ne vous en dirai pas beaucoup sur l'histoire elle-même, que le quart de couverture retrace très bien (source: site de la maison d'édition):
Les garçons des clubs, les jeunes officiers du mess, je les tiens dans ma main gantée de fil blanc. Je suis Zelda Sayre. La fille du Juge. La future fiancée du futur grand écrivain.
Du jour où je l’ai vu, je n’ai plus cessé d’attendre.
Et d’endurer, pour lui, avec lui, contre lui.

Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, « Belle du Sud », rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s’est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui donne raison. Le couple devient la coqueluche du tout New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les ailes…
Gilles Leroy s’est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines. Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister…
Mêlant avec brio éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy signe ici son grand « roman américain ».

Gilles Leroy est l'auteur notamment de Machines à sous (prix Valery Larbaud 1999), L'amant russe (2002) et Grandir (2004) et Champsecret (2005)..

Quant à ce livre, c'est très facile de le définir par la négative: Ce n'est pas la biographie de Zelda. Passez votre chemin si vous souhaitez de l'exactitude - voire de la rigueur - historique et chronologique.

L'histoire, donc, vous est très bien résumée ci-dessus. Personnellement je trouve que les éléments imaginaires ajoutés à l'histoire sont trop (comment dire?) sentimentaux et qu'un peu de simplicité sur ce point n'aurait pas été nuisible. Je pense ici aux développements consacrés à l'aviateur français.

Voici quelques points que je souhaiterais aborder avec vous.

L'écriture est relevée, sensible, élégante sans être entortillée. J'ai été sidérée par la crédibilité et la texture du récit. Exercice d'autant plus admirable qu'il s'agit ici pour un écrivain homme de se glisser dans l'esprit - non, de faire corps avec l'esprit - d'une héroïne avec le moins de distance possible (cf. l'emploi du "je").

Impressionnée également par la vraisemblance des tourments que subit l'héroïne, un rapport à la réalité, à la déchéance, vraiment très particulier qui trouble le lecteur et le plonge dans la Psyché de Zelda. Parfois quelques tournures peuvent agacer car elles frôlent l'affectation (1), mais ça reste une impression très vague au final.

Conclusion: c'est un très beau livre - étrangement émouvant pour ceux et celles auprès de qui, pour des raisons plus ou moins personnelles, il fera échos et aura une résonance particulière.

(1) Extrait du dictionnaire de l'académie Française - 9ème édition
Affectation
n. f. XVIe siècle. Emprunté du latin affectatio, « recherche, poursuite de, prétention à ».
1. Action de feindre certains sentiments, certaines qualités, ou d'en exagérer l'expression. Affectation de sensibilité, de modestie, de piété. Affectation de gaieté, d'indifférence.
2. Façon de parler et d'agir qui s'éloigne du naturel. Mettre de l'affectation dans ses manières. Reprocher à quelqu'un l'affectation de son langage. Parler sans affectation. Par méton. Au pluriel. Manières affectées. Ces affectations sont déplaisantes, ridicules.

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